6 février 2014 walter

La bonne pioche #1

Nouvelle année, nouvelle chronique.
Chaque mois, Come On People piochera un album yeux fermés dans une discothèque!
Pour cette première, c’est Baptiste, rejoint par Julien, qui ouvrent le bal.
 
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« Pour amorcer cette première chronique, le hasard est tombé sur un LP fort discutable à mon gout. Au risque de me faire détester par certains, toutefois sans vouloir renier ce que le rock n roll a d’historique, je dirai que, tomber sur le premier LP des KINGSMEN, In person, fût une très mauvaise pioche.

Je suis allergique. Voilà pourquoi.

En 1962, les Kingsmen, qui ne sont encore qu’un petit groupe local lambda, jouent au Pypo Club au fin fond de l’Oregon. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que le nez fin de leur manager Al Dardis, présent ce soir là, mettra à l’abri financièrement les membres du groupe ainsi que leurs familles sur plusieurs générations. Après leur show, le jukebox fera tourner une version du Louie Louie de Rockin Robin Roberts. Version relativement lente, mais qui a la fâcheuse tendance à électriser l’auditoire pendant plusieurs heures. Rockin Robin Roberts avait fait la moitié du boulot, en s’appropriant une chanson de 1957 de Richard Berry, lui accolant une esthétique plus moderne, plus ingénue. Berry lui, avait bataillé ferme pour cette chanson, s’était inspiré d’une ballade jamaïcaine, et en avait vendu prêt de 40 000 exemplaires sur la Côte Ouest. Deux ans plus tard, Berry fait l’erreur qui lui sera fatale puisque il cède les droits de cette chanson à Flip Records pour 750 dollars.

Désormais, le label pourra exploiter cette douce mélopée jusqu’à l’usure. A l’époque, chaque label possède son propre répertoire, la monnaie courante était que tous les groupes signés devaient enregistrer des chansons imposées par le label. Au final, l’industrie musicale a fait fructifier une poignée de hit, laissant la créativité au placard, réduisant le moindre groupe à reprendre inlassablement les mêmes ritournelles de rythm and blues, avec plus ou moins de réussite. Dans ce capharnaüm d’auto fellation, les enregistrements les plus sales sont parfois remontés en tête des hit parades, plongeant leurs auteurs originaux dans une amertume chronique, noyé dans le bourbon. Quelle époque, les maisons de disques avaient posé là les premières pierres de leur insoutenable mode de fonctionnement, et aujourd’hui encore subsiste cette vision réductrice, archaïque, de la production musicale. Il faudra beaucoup de courage et de dévotion aux prochaines générations avant qu’elles parviennent à imposer leurs propres répertoires aux labels.

Les Kingsmens ont ainsi enregistré la version la plus célèbre de Louie, Louie, ont monopolisé la tête des charts pendant plusieurs semaines et écoulés plus d’un million de copie du single. En pleine gloire, les Kingsmens sortaient dans la foulée leur premier LP donc, In Person, qui symbolise à lui seul l’incapacité du groupe a proposer un son décent, approvisionnant l’album de reprises plus que douteuses ; je pense notamment à Twist and Shout, ou encore à Fever, dont il existe peu être mille versions bien meilleurs, dont celle du grand Vince Taylor, et du non moins grand Mr Presley. Et mille, c’est déjà trop. Pourquoi ne pas composer soi-même ? Je pense que les Kingsmen en étaient incapables, et quelle miséricorde de se savoir célèbre dans le monde entier pour une chanson que l’on n’a pas écrite. En réalité, on ne peut reprocher aux Kingsmens d’avoir joué comme ils le savaient, ni plus ni moins qu’un vulgaire groupe de bal qui dégueule pendant 30 ans les mêmes titres à un public d’amateur, n’y voyant qu’un moyen de remuer leur fesses trop grasses et leur esprit bouffé par la médiocrité. Seulement trois versions de Louie Louie trouvent écho à mon cœur. L’original de Richard Berry, pour des raisons évidentes d’éthique personnel. Ensuite vient celle de Motorhead, et pour finir celle de Toots and the Maytals, qui est la plus fidèle puisqu’elle ramène cette chanson à ses origines de ballade jamaïcaine.En faisant tourner l’acétate en boucle dans mon appartement, la chose la plus insupportable est alors venu jusqu’à mes oreilles. Chaque début de chansons est introduit par les cris du public, ceux ci étant reproduit à l’identique sur chaque morceau, faisant croire que l’enregistrement approximatif était dû au live. Les Kingsmens ont donc eu la fâcheuse tendance à vouloir prendre leurs auditeurs pour des idiots. Ces bruits de foules sont en réalité samplés, et sans le savoir, peut être ont ils inventé là le procédé le plus moderne qui soit. Le plus abrutissant aussi. »

Baptiste Manzinali

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« Quand je pense au titre « Louie Louie » de Richard Berry, ce n’est pas sa version qui est diffusée dans ma tête. Car sans le savoir, et comme tout le monde, c’est toujours la version des Kingsmen que j’entends. Dans les teen movies tels que Animal House et autres imitations dont le cinéma outre atlantique et moi même sommes si friands.

Je repense a l’écoute de cette chanson, à un épisode des Simpson, l’épisode 3 de la saison 5 pour être plus précis, dans lequel Homer retourne à l’université, évidemment on y entend à plusieurs reprises la chanson Louie Louie. L’auteur des Simpson, Matt Groening, y est surement sensible car dans l’épisode 11 de la première saison de Futurama qui se passe, je vous le donne en mille, même si c’est dans le titre de l’épisode, dans une université ; on entend Bender dire, quand on lui demande de l’aide pour relancer la fraternité des robots : « O.k . Mais je vais avoir besoin de dix fûts de bière et d’une cassette en boucle de  Louie Louie …  »

Tout ça pour vous dire à quel point ce titre est une référence. Du coup quand mon camarade La Manze m’a dit que le disque que nous devions chroniquer était celui des Kingsmen « In Person» featurig « Louie Louie » comme il est écrit en très gros sur la pochette, je me suis dis : « Ça alors, c’est bath ! » (En réalité je ne m’exprime pas comme ça, mais je trouvais que dans le contexte cela sonnait juste.)

Mais quelle ne fût pas ma surprise à l’écoute de la galette susnommée ?

The Kingsmen : In Person est un disque étrange, décevant, charmant parfois, pas très bien interprété, mais dans lequel malgré tout, de temps en temps, un détail vient illuminer l’ensemble.

 A la première écoute , passé « Louie Louie » qu’on connais bien, ( je ne vais pas vous réexpliquer encore je l’ai fait plus haut et je manque de place pour me permettre des répétitions et autres digressions qui ne seraient profitables à personne), on est surprit par le niveau plus que juste des interprétations de standards tels que « Twist and Shout » ou « Fever » (Twist and Shout  dont l’excellente interprétation des Beatles figurait dans une scène tellement géniale du film « La Folle Journée De Ferris Buller ». Si vous ne comprenez pas pourquoi j’en parle, revoyez le !

Ça ne joue pas très bien et le son est médiocre, ça sent le groupe un peu vert qui fait des bals de promos et autre bar-mitsvah. Mais contrairement à la Manze j’y trouve un peu de charme, beaucoup d’entre nous se souviennent de répétitions entre potes, durant lesquelles nous faisions souffrir les chansons de Nirvana en prenant notre pied.

Alors oui c’est pas super, mais parfois il arrive qu’au milieu d’un morceau, dans un break, le groupe se lâche et sort un peu de l’autoroute que leurs tracent pourtant ces tubes avec leurs vielles guimbardes, pour s’adonner à des séances de cris et de sauvagerie, (je ne suis pas homme à peser mes mots), qui donne à nouveau un peu de charme à ce disque.

Alors bien sur ce n’est pas Revolver, Abbey Road, Electric Ladyland, Enter the WuTang (36 Chambers), mais c’est le genre de disque qu’on se doit d’écouter au moins une fois de temps en temps, en mémoire des laborieux de la musique, et des groupes d’amateurs boutonneux qui jouent uniquement pour le plaisir de jouer et vivent des moments de grâce, comme ça, sans but, sans avenir, sans prétention. »

Julien Francioli

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